3 erreurs qui peuvent faire déraper un cercle de femmes

Je crois qu’on idéalise beaucoup les cercles de femmes.

On imagine un espace doux, bienveillant, où chacune va pouvoir déposer ce qu’elle vit, être accueillie sans jugement, se sentir enfin comprise… et oui, un cercle peut vraiment devenir cet espace-là.

Mais pas simplement parce qu’on a réuni des femmes dans une pièce avec une belle intention.

Parce qu’un groupe, même un groupe de femmes qui viennent avec énormément de cœur, reste un groupe humain, avec tout ce que cela implique : des blessures, des projections, des besoins de reconnaissance, des peurs de ne pas être aimée, des femmes qui prennent beaucoup de place, d’autres qui n’osent pas en prendre, des choses qui se rejouent parfois sans même qu’on s’en rende compte.

Et c’est souvent là que les problèmes commencent.

Il y a notamment trois erreurs que je vois revenir très souvent.

La première, c’est de croire que la bienveillance suffit à faire cadre.

On dit : « ici, tout est accueilli », « chacune est libre d’être elle-même », « tout ce qui se passe dans le cercle reste dans le cercle »… et puis on démarre.

Sauf qu’un cadre, ce n’est pas juste quelques jolies phrases prononcées au début.

C’est aussi expliquer ce qui est possible et ce qui ne l’est pas, comment on prend la parole, comment on respecte l’espace des autres, ce qu’on fait quand une femme déborde, quand quelqu’un commence à conseiller une autre participante, à interpréter son vécu ou à vouloir la sauver.

Parce que si la Gardienne ne pose pas clairement les limites de l’espace, ce sont les dynamiques du groupe qui vont les poser à sa place.

Et ça, ça peut aller très vite.

La deuxième erreur, c’est de confondre accueillir avec laisser faire.

Celle-là, elle est immense.

Parce qu’on veut tellement être dans l’ouverture, dans la douceur, dans le non-jugement, qu’on n’ose parfois plus intervenir.

Une femme monopolise la parole depuis vingt minutes ? On n’ose pas la couper.

Une participante commence à donner des conseils non demandés à une autre ? On laisse passer.

Quelqu’un projette énormément sur la Gardienne, devient agressive, remet tout le cadre en question ? On essaye d’être encore plus douce.

Alors qu’en réalité, tenir un cercle, c’est parfois précisément savoir dire stop.

Pas brutalement.

Pas depuis l’ego.

Mais parce que protéger un espace demande aussi de savoir poser une limite.

Et ça aussi, c’est profondément bienveillant.

Et puis il y a la troisième erreur : vouloir réparer les femmes.

C’est probablement l’une des plus insidieuses, parce qu’elle part souvent d’une très belle intention.

Une femme raconte quelque chose de douloureux et immédiatement, on cherche comment l’aider, quoi lui proposer, quel rituel lui ferait du bien, quelle blessure cela vient réveiller, ce qu’elle devrait comprendre de ce qu’elle vit…

Mais une Gardienne n’est pas là pour avoir la réponse.

Elle n’est pas là pour réparer.

Et elle n’est surtout pas là pour devenir indispensable.

Parfois, la chose la plus puissante que nous puissions offrir à une femme, c’est simplement un espace suffisamment solide pour qu’elle puisse entendre sa propre vérité.

Sans lui dire quoi en faire.

Sans lui voler son chemin.

Sans transformer immédiatement sa parole en analyse, en conseil ou en enseignement.

Et c’est là, pour moi, que commence vraiment la posture de Gardienne.

Parce que tenir un cercle, ce n’est pas seulement savoir créer un beau moment.

C’est apprendre à voir ce qui se joue derrière ce qui se montre, à sentir quand quelque chose commence à glisser, à savoir intervenir sans prendre le pouvoir et à protéger le groupe sans empêcher le vivant de circuler.

Et franchement, personne ne nous apprend ça quand on nous apprend simplement à créer des rituels.