ChatGPT peut t’écrire un cercle, il ne peut pas faire de toi une gardienne

Sorry meuf mais ton joli rituel et ta méditation écrite par ChatGPT ne vont pas t’aider quand ton cercle commencera à partir en vrille (et il va partir en vrille, crois moi)

Et je pense qu’on doit vraiment parler de ça aujourd’hui, parce qu’il n’a probablement jamais été aussi facile de “créer” un Cercle de Femmes.

Tu peux ouvrir ChatGPT et lui demander : « Prépare-moi un cercle de 2h30 sur la pleine lune, la guérison de l’enfant intérieur, le féminin sauvage et la libération des lignées, avec une ouverture sacrée, une méditation guidée, trois questions de journaling, un rituel symbolique, une playlist, les mots exacts à prononcer pour chaque étape et une fermeture de cercle. »

Et lui, ce grand malade, il va te faire ça. 😅 Il va probablement même te proposer la couleur de la nappe, les fleurs séchées à mettre sur l’autel, la pierre qui représente le mieux “le retour à la matrice”, le nombre de coussins à disposer au sol et la bougie terracotta parfum bois de santal censée incarner la transmutation du féminin ancestral. À deux doigts, il te donne la référence Amazon et te précise qu’elle est livrée demain avant 22h.

Et en quelques minutes, tu peux te retrouver avec un déroulé tellement joli que toi-même tu le lis en te disant : “Waouh. Ça va être teeeeeeeellement puissant.”

Sauf que c’est précisément là que, pour moi, il y a un ENORME problème.

Parce qu’un cercle ne devrait pas naître d’un prompt. Un cercle devrait venir des tripes.

Il devrait partir d’une intention qui te traverse vraiment, d’une question qui te travaille, d’un passage que tu connais dans ton corps, d’une expérience que tu as vécue, d’un besoin que tu sens chez les femmes que tu vas accueillir. Il devrait commencer par : « Qu’est-ce que j’ai réellement envie de leur faire traverser ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce thème ? Pourquoi moi ? »

Et ensuite seulement viennent les pratiques, les mots, les chants, les symboles, le rituel.

Pas l’inverse. JAMAIS l’inverse.

Parce que oui, une IA peut te fabriquer un cercle très joli, très cohérent, très fluide, peut-être même très Instagrammable. Mais elle ne sait absolument pas pourquoi TOI tu ouvres cet espace. Elle ne connaît pas les femmes qui seront devant toi. Elle ne connaît pas ce que ce thème vient toucher chez toi. Elle ne sait pas ce que tu es réellement capable de tenir. Et surtout… elle ne ressent rien.

Un cercle sans chair, sans vécu, sans intention incarnée derrière peut donc être parfaitement écrit… et complètement vide.

Mais surtout, il y a une chose que ChatGPT ne pourra jamais faire à ta place : tenir le cercle quand absolument rien de ce que tu avais prévu ne se passe comme prévu.

Et crois-moi, ça ne se passera PAS comme prévu.

Parce qu’un cercle, ce n’est pas un déroulé. Ce sont des êtres humains. Des vrais. En chair, en os, en histoire personnelle, en système nerveux et parfois en émotions dégoulinantes.

Tu peux lancer ta merveilleuse méditation de 17 minutes sur la sécurité intérieure, rédigée en trois secondes par ton ami Chat, et au bout de quatre minutes une femme s’effondre complètement. Une autre ouvre les yeux et se ferme. Une participante commence à raconter quelque chose de très lourd et tu sens tout le groupe partir avec elle. Une femme monopolise la parole depuis vingt minutes mais tu n’oses pas l’interrompre parce qu’elle pleure et que tu veux qu’elle se sente accueillie. Une autre commence à lui répondre : « Moi aussi j’ai vécu ça et franchement ce que tu devrais faire… » et là tu vois tranquillement ton cadre partir mourir dans un coin de la pièce.

Ou alors quelqu’un te confronte. Quelqu’un refuse ton exercice. Quelqu’un te dit qu’il ne se sent pas en sécurité. Quelqu’un projette sur toi quelque chose qui vient taper EXACTEMENT dans l’endroit où toi-même tu n’es pas encore très solide.

Et toi, pendant ce temps-là, tu jettes un petit regard discret à ton magnifique déroulé imprimé qui dit : 19h42 — Rituel de libération symbolique et tu comprends que 19h42, c’est mort. Le rituel de libération aussi. Et probablement la tisane de clôture. 😂

Et là, sorry de casser tes illusions mais ChatGPT ne va pas sortir de ton ordinateur pour tenir le cercle à ta place. Il ne va pas se matérialiser derrière ton épaule en te soufflant : « Attention, je détecte actuellement une projection accompagnée d’une activation du système nerveux, je recommande un recadrage doux suivi d’un retour au corps. »

Malheureusement, ça, c’est toi.

Ton déroulé ne va pas sentir ce que tu dois interrompre et ce que tu dois laisser aller jusqu’au bout. Ta méditation ne va pas remarquer qu’une femme n’est plus vraiment présente dans son corps. Ta bougie Amazon Prime ne va pas poser une limite à ta place. Ton tambour ne va pas savoir si tu dois intervenir maintenant ou laisser encore trente secondes de silence. Et ton merveilleux autel avec ses fleurs séchées et sa labradorite ne va pas t’empêcher de répondre depuis ta propre blessure quand une participante vient te chercher personnellement.

C’est précisément pour ça que je répète encore et encore que former une Gardienne de Cercle ne peut PAS consister à lui donner une boîte remplie de rituels.

Bien sûr qu’on travaille le rituel, les symboles, le sacré, les chants, les ouvertures, les passages, les cérémonies. J’adooore ça. Mais ce n’est pas le cœur du métier.

Le cœur du métier, c’est la femme qui se tient derrière le rituel. Oui oui, toi là.

Pas ton PDF. Pas ton programme. Pas ton classeur Canva de 86 pages intitulé “CERCLE PLEINE LUNE FINAL V7 définitif vraiment définitif.pdf”.

Toi.

Ta capacité à observer ce qui se passe réellement dans le groupe plutôt que de rester accrochée à ce que tu avais prévu. À sentir que, non, finalement, cette pratique que tu avais préparée depuis trois heures n’a plus rien à faire ici. À accepter de la jeter complètement. À ralentir. À accueillir une émotion sans vouloir immédiatement la faire disparaître. À entendre une critique sans partir dans la défense. À reconnaître une projection. À repérer quand quelque chose appartient à la participante, au groupe ou vient toucher quelque chose chez toi. À poser une limite sans humilier, à interrompre sans prendre le pouvoir, à contenir sans étouffer et parfois simplement à pouvoir dire : « Non. Là, on ne va pas aller plus loin. »

Parce qu’on peut aujourd’hui générer un cercle entier en dix minutes. (Franchement, please, ne fais pas ça. 😅)

Mais on ne génère pas une Gardienne en dix minutes.

La posture, le discernement, la capacité à contenir, la connaissance des dynamiques humaines, la sécurité intérieure nécessaire pour rester présente quand l’espace devient inconfortable… ça se construit, ça se travaille, ça se rate aussi, ça s’expérimente, ça se transmet et surtout, ça s’INCARNE.

Et c’est probablement l’une des choses qui me préoccupent le plus aujourd’hui : voir des femmes avoir accès à toujours plus d’outils, toujours plus de textes, toujours plus de rituels, toujours plus de méditations parfaitement écrites, tout en étant parfois de moins en moins préparées à rencontrer ce qui fait réellement un cercle : le vivant.

Le vivant qui déborde, qui résiste, qui ne suit pas ton programme, qui te confronte, qui t’oblige parfois à abandonner complètement ce que tu avais prévu pour simplement être là.

Parce qu’une Gardienne n’est pas celle qui possède le meilleur déroulé.

C’est celle qui peut continuer à tenir l’espace quand le déroulé ne sert plus absolument à rien.

Et je parle d’expérience : très souvent… le déroulé, il ne va plus servir à rien. 😂