Et je crois que c’est peut-être l’une des plus belles manières de parler de ce qu’elles font, parce qu’une Gardienne ne se contente pas de réunir quelques femmes dans une pièce, d’allumer une bougie, de poser quelques fleurs sur un autel et de proposer un joli rituel.
Elle tisse.
Elle tisse entre les femmes qui arrivent parfois sans se connaître, avec leurs histoires, leurs blessures, leurs silences, leurs peurs, leurs élans, leurs résistances aussi.
Elle tisse entre ce qui peut être dit et ce qui ne trouve pas encore les mots.
Elle tisse entre les corps qui ont appris à se retenir, les émotions qui ont été contenues pendant trop longtemps, les parts de nous que l’on a cachées pour rester aimables, fortes, adaptées, acceptables.
Et peu à peu, quelque chose se remet à circuler.
Une femme parle, et une autre comprend qu’elle n’est pas seule.
Une femme pleure, et une autre sent que ses propres larmes ont enfin le droit d’exister.
Une femme ose déposer une vérité qu’elle n’avait encore jamais dite à voix haute, et cette vérité vient toucher quelque chose de profondément vivant chez toutes celles qui l’écoutent.
C’est cela que le cercle peut permettre.
Non pas parce qu’il serait magique par lui-même, mais parce qu’il existe un espace suffisamment sûr, suffisamment tenu, suffisamment incarné pour que chacune puisse, un instant, arrêter de se protéger.
Mais tenir un cercle, ce n’est pas simplement laisser tout arriver au nom de l’accueil, de la sororité ou du sacré.
Parce que le vivant, justement, a besoin de limites pour pouvoir grandir.
Il a besoin d’un cadre, d’un rythme, d’une présence capable de sentir quand il faut ouvrir davantage, quand il faut ralentir, quand il faut protéger une participante, quand il faut interrompre une dynamique, quand il faut laisser le silence faire son œuvre sans se précipiter pour le remplir.
Une Gardienne n’est pas celle qui contrôle ce qui doit se vivre.
Elle n’est pas celle qui décide de ce qui doit émerger, ni celle qui cherche à provoquer une émotion ou une transformation.
Elle est celle qui veille.
Celle qui reste présente.
Celle qui sent le groupe, qui écoute ce qui se dit mais aussi ce qui ne se dit pas, qui perçoit les mouvements invisibles, les tensions, les projections, les places que chacune prend ou n’ose pas prendre.
Parce qu’un cercle n’est jamais simplement une succession de paroles et de pratiques.
C’est un espace vivant.
Un espace dans lequel quelque chose se crée entre les femmes, parfois bien au-delà de ce qui avait été prévu, un espace qui peut réparer, relier, remettre du mouvement, mais qui peut aussi réveiller, confronter, bouleverser.
Et c’est précisément pour cela que la posture de la Gardienne est essentielle.
Elle est celle qui tient les fils sans les serrer.
Celle qui crée du lien sans créer de dépendance.
Celle qui honore le sacré sans perdre l’ancrage.
Celle qui permet à chaque femme de traverser ce qui est juste pour elle, sans jamais lui voler son pouvoir.
Les Gardiennes sont des tisseuses du vivant.
Et lorsqu’elles apprennent réellement à tenir un espace, elles ne créent pas seulement de beaux cercles.
Elles participent à retisser quelque chose entre les femmes, à l’intérieur de chacune, et parfois jusque dans les lignées qui les précèdent et celles qui viendront après elles…
Cindy Pinchart
Gardienne des Gardiennes
